samedi 4 mai 2019

Y a quelqu'un? (fin) Adélie

Is there anybody out there ?


      Y’a quelqu’un ? L’ingénue avait brisé le silence comme le nuage avait fait disparaître son ombre. Le son si roque, si maladroit qui avait reflété sa démesure lui brûlait encore le fond de la gorge. Elle était si sèche, sa gorge. Si dénudée de toute cette rage, à présent.

Le cri n’avait pas encore cessé de se répendre et franchissait sans relâche les rues embuées du petit matin. L’écho était trop fort.

Luce avait longtemps imaginé le bruit. A quel point il pouvait rompre toute ses certitudes. Quelque chose qui la rendrait impuissante, quand toute sa vie le silence avait créé un espace clos autour d’elle. N’y avait-il rien d’autre d’aussi puissant que le cri pour défaire un par un les barreaux de la cage ?

Quelqu’un avait peut-être coincé ses doigts dans la porte de son cœur sans jamais se demander s’ il serait impudique d’essayer de la franchir. Et les premières larmes bouillantes sur ses joues roses avaient marqué le début d’un long chemin de solitude. Plus jamais elle n’osera s’aventurer dans l’incompatible. De sa petite voix, de sa toute petite voix encore, elle était parvenu à prononcer : « Mais...Y a t-il quelqu’un ? ». Mais personne, rien ni personne n’avait su lui répondre. 


Y a quelqu'un? (fin) Marina

               Je regardais la larme couler doucement le long de sa joue. Je m’imaginais ce que nos vies auraient pu devenir si je ne l’avais pas prise dans les bras ce jour-là. La pluie frappait le carreau de la fenêtre. Dans mon cœur la nuit était tombée. Sans que je m’en sois aperçu, elle avait pris ma main, avait enroulé ses doigts autour des miens. Ses ongles se plantaient dans ma paume. Je n’osais pas lui dire qu’elle me faisait mal. Elle me devait bien ça.

Dans deux heures je serai parti, j'aurai ramassé mes affaires, réglé ma montre, composté mon billet.
Elle ne parlait pas mais je voyais dans ses yeux qu’elle me suppliait de ne pas m’en aller. La pluie tombait toujours ; des litres et des litres. Encore et encore.

« Il faut partir maintenant ». Ma voix sonnait étrangement, comme dans un vieux film mal joué.
J’ai lâché sa main, pris ma valise, mes clés. Ses yeux suppliaient toujours mais je ne les voyais déjà plus. Elle marchait comme un fantôme dans le long corridor doré. Je savais qu’elle allait m’attendre sur le palier, et qu’elle m’y attendrait toujours.
La valise était lourde dans ma main. Je regardai une dernière fois derrière moi, posai ma main sur la poignée, l’autre tenait les clés. Là ; dans cette chambre où tout s’était joué, plus personne.

samedi 6 avril 2019

Un calligramme d'Esra

Après l'étude l'Alcools d'Apollinaire : création d'un calligramme lyrique avec néologisme et Ô laudatifs.

mercredi 3 avril 2019

Y a quelqu'un?

           Y’a quelqu’un ? Derrière les yeux des vieilles dames, derrière les sourires des enfants, devant la vitrine des grands magasins, dans l’ombre du peuplier de la place publique ?
Y’a quelqu’un ? Dans le long chemin gris, dans le silence des après-midi de printemps, dans les grands chapeaux des messieurs ?
Quand je cours vers l’impasse de la rue, souvent, je me demande s’il y a quelqu’un. Le temps s’étire et s’emmêle. Les rayons frappent fort sur mon front cramoisi.
Souvent, quand les petites mains potelées des gamins viennent se fourrer dans les miennes je me demande si, moi aussi, je suis le quelqu’un que j’aurais aimé devenir.
Le quelqu’un qu’on veut voir quand on n’a plus rien à dire, le quelqu’un qui rassure quand les rêves sont cauchemars.
Mes mains à moi sont fortes et caleuses, creusées de ce que la vie a tracé en elles.
Parfois le gamin pleure. Au milieu des larmes il appelle sa mère. Il marche devant lui, cherche quelqu’un. Sa maman n’est pas là. Peut être à son tour lui faudra-t-il devenir, aussi, quelqu’un.

Marina

Consigne : Écrivez votre première page de roman ou de BD. Contrainte de la première phrase : "Y a quelqu'un?"

dimanche 31 mars 2019

Cadavre exquis

4 intervenants, chacun d'un côté de la grande feuille. On fait une case puis on tourne la feuille et on poursuit l'histoire en respectant les codes graphiques et narratifs.

mercredi 27 mars 2019

Un poème de Marina

Quelque chose s’est passé là-bas
Peut-être l’odeur des couloirs
Ou l’étirement singulier du temps
Je ne sais pas
Je me suis perdue dans le sillon des pas
Les filles parlaient très fort
Les fenêtres étaient grandes ouvertes
Le vent chaud des journées d’automne caressait ton visage
La nuit est tombée d’un coup
A englouti l’immensité de la ville
Le rire s’est envolé par la fenêtre ouverte


Comme si j’avais toujours été aveugle
Plus qu’une petite lumière au loin,
Un cou, une épaule, une main

lundi 25 février 2019

Poésie urbaine de Claire #2

Le soleil à l’âme
Et sur le macadam
Les branches qui présagent
Le visage du printemps

Poésie urbaine de Claire

             Il fait tout rose au-dessus des toits. Là-bas, les ombres des oiseaux s’enfuient dans les nuées. En bas, les voix des passants éclosent dans la nuit qui tombe.
Grands soirs ensoleillés, vous êtes l’aube et le crépuscule des saisons transitoires, vous êtes l’effervescence d’un ciel amoureux des couleurs, et l’éclat des lueurs avant le noir.
Bientôt, les paupières de la ville seront closes et de vieux rêves se dilueront dans vos nuages d’aquarelles…
En vous le fugitif et les histoires éternelles.


samedi 16 février 2019

Poésie urbaine : le sonnet de Jeanne

Au fond des vieux faubourgs est l’arbre de la vie,
Parmi les hautes tours il a construit son nid.
Il montre ses talents, délicats et posthumes,
Réveillant les passants endormis par la brume.

Son beau manteau d’hermine a tapissé le sol
Et a travers les ruines, il a pris son envol.
Mais parmi les flocons subsistent ses étoiles,
Eclairant l’horizon de leurs sublimes voiles.

Il essaie d’égayer les matins sans soleil
Des citadins pressés, brusqués par le réveil.
Mais personne ne voit sa beauté déployée.

L’arbre de vie est là, il attend esseulé
Qu’on daigne lui sourire, mais ce n’est que le vent
Qui ose lui prédire, ne sois pas innocent.

mercredi 6 février 2019

Poésie urbaine : Esra

Le lampadaire

La nuit est sombre
C’était l’hiver
Lampadaire éclairci avec sa lumière
Les passants laissant leur ombre

Je buvais ma tisane au tilleul
Il faisait froid
Chacun rentrait chez soi
Lampadaire restant seul

Je voyais la lumière traverser les flocons
La neige tombait sur le balcon
Le sol était mouillé

Déjà six heures du matin
Avant de manger mon petit pain
Le soleil s’était levé

vendredi 1 février 2019

Poésie urbaine

              De ces lieux poétiques et mystérieux qui nous attirent, devant lesquels on passe chaque jour sans avoir le temps de s'arrêter. Aujourd'hui pourtant on prend le temps de prendre une photo, même à la sauvette... A partir de cette image, il s'agit d'écrire un texte poétique, en prose ou en vers, et/ou d'en proposer une version graphique.

Aujourd'hui, la belle contribution de Marina : 

        Escalier ne demande qu'à te voir arriver. De chaque côté le gris froid de la ville qui se réveille. Toi tu t'endors, tu roules ton corps endolori contre la plaque de neige verglacée. Tu te laisses couler, lentement, doucement. Tu n'as pas froid, tu entrouvres les lèvres, regarde s'échapper la buée transparente le long de tes joues. Les heures sont des secondes. Déjà, il fait nuit.

mardi 29 janvier 2019

La Defriche : c'est reparti!

Après trois années d'interruption la Défriche n'est plus en friche. Expatriée un peu plus au Nord-Est, la voilà qui repart sous l'impulsion des élèves. Et quelques petites contributions pour commencer en attendant les premières publications sur le thème de la Poésie urbaine!



dimanche 5 juin 2016

La Défriche, c'est fini





Dernière séance de pose/portraits classiques et unilinéaires. Merci à tous les élèves qui, depuis près de 15 ans, m'ont accompagné dans cette belle aventure : un rendez-vous créatif et convivial sans évaluation ni appel, qui a exploré des pistes improbables au niveau graphique et littéraire...  Je laisse le dernier mot à Sibylle, une ancienne élève de l'atelier qui m'écrit 10 ans après à propos des ateliers : "Vous m'avez ouvert des portes que je n'ai jamais voulu refermer". Merci merci, merci.

vendredi 27 mai 2016

Atelier poubelles



Une commande d'Aline pour la Cafétéria du lycée... parce que la Défriche s'attaque à tous les supports!

vendredi 4 mars 2016

Peurs bleues et humour noir

D'après le livre de Fran Klause.
Il s'agit pour les élèves de dessiner une phobie dans un strip de 4 cases. Ici les contributions d'Isabelle.